Comment faire l'amour / How to have sex

 

Comment faire l'amour / How to have sex

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D.I., Delinkan Intellectuel, revue d'actualité et de culture, in Societas Criticus Vol. 26-01 : www.societascriticus.com

 En salle au Québec le 9 février !

Le film sera présenté en version originale anglaise avec sous-titres français au Cinéma du Parc, à la Cinémathèque québécoise et au Cinéma Le Clap St-Foy.

Lauréat du prix Un Certain Regard au Festival de Cannes en mai 2023, How to Have Sex (Comment faire l'amour) de Molly Manning Walker offre une représentation vibrante des agonies, des extases et de l'amitié entre jeunes femmes. Le film brosse également un portrait douloureusement familier de la manière dont les premières expériences sexuelles devraient – ou ne devraient pas – se dérouler.



Comme des centaines d'autres, trois adolescentes britanniques sont venues faire la fête dans la ville crétoise de Malia, baignée de soleil : « les meilleures vacances de tous les temps ! » En effet, il s'agit d'un rite de passage supposé être le meilleur été de leur vie. En attendant les résultats de leurs examens, les filles sont prêtes à se lâcher, à vivre, à boire et à s'envoyer en l'air.

Contrairement à Skye (Lara Peake) et Em (Enva Lewis), Tara (l'envoûtante Mia McKenna-Bruce) est encore vierge. Les bikinis et le gloss sont à peine déballés que Tara aperçoit deux Britanniques un peu plus âgés qui habitent à côté. L'un d'eux est un sympathique imbécile (Shaun Thomas, qui a grandi depuis The Selfish Giant) qui partage l'humour ringard de Tara. L'autre est un bellâtre imbu de lui-même (Samuel Bottomley)... Vous voyez le genre… Au début, on s'amuse, on chante faux au karaoké… Puis les choses changent.

Alors que les adolescents naviguent dans les complexités du sexe, du consentement et de la découverte de soi, l'ambiance du film change également – on passe des couleurs au néon et de la musique électronique aux teintes plus discrètes et au silence. Même la relation entre les filles évolue, Skye s'en prend un moment à Tara et Em est obligée d’intervenir.

Le film est le premier long métrage de la scénariste et réalisatrice britannique Molly Manning Walker, qui s'est inspirée de ses propres vacances au lycée et de la pression exercée sur les jeunes pour qu'ils aient des relations sexuelles. Son premier court métrage Good Thanks, You? a été présenté dans le cadre de la Semaine de la critique à Cannes en 2020.

How to Have Sex (Comment faire l’amour) est distribué au Québec par Métropole Films Distribution.



Commentaires de Michel Handfield, M.Sc. sociologie (2024-02-08)


Ah, la jeunesse. Il y en a pour qui c’est de déconner. Mais, après? On oublie tout. Pas sûr, car cela peut laisser des marques et des conséquences psychologiques. Ça dépend des expériences de chacun, mais certaines peuvent être plus traumatisantes pour les unes que pour les autres. Et, que dire des conséquences physiques, car il me semble que je n’ai pas vu la promotion du condom dans ces fêtes.


En Europe, une des places pour ces folies est la ville crétoise de Malia. (1) On y fait probablement son pain et son beurre des fêtes de fin d’année scolaire. Tout y est organisé, avec des concours parfois dégradants, mais si les jeunes s’amusent et que ce côté « sex » de la fête rapporte, c’est sûr qu’on l’exploite. Comme le dit une des trois filles dans une scène de soir : « Du business. Tout est business, maintenant. Tout. Tout le temps. » (± 11 m 13s)


Les trois amies sont donc là pour fêter, mais aussi pour encourager, voire pousser, Tara à perdre sa virginité, car c’est le temps et la place pour le faire. Elle subit donc de la pression de ses deux amies, mais elle s’en met elle aussi.


Pour elles, plus vite cette étape sera passée, mieux sera la vie. Cependant, cela peut avoir des conséquences, surtout si on tombe sur la mauvaise personne. Ce n’est pas juste de déverrouiller une porte. Cette vision mécanique de la chose est une utopie, car ces choses que sont la virginité, la sexualité et l’acte de la perdre sont intimes et psychologiques tout à la fois pour la fille.


Dans une soirée bien arrosée comme les autres, Tara perdra de vue ses amies, mais verra un de ses deux voisins d’hôtel, Paddy. Elle voulait retourner à sa chambre, mais il lui proposera plutôt d’aller à la plage. (± 41 m 49 s) Pour lui, ce fut un coup comme un autre et tout s’est bien passé dans sa tête. Mais, ce n’est pas ce que la fille voulait. C’est encore moins ce dont elle rêvait pour sa première fois. Elle n’a pas besoin de parler, ça se voit. (2)


Mais, lui ne s’en rend même pas compte, car, pour lui et plusieurs jeunes hommes, leur vision de la chose est probablement plus sportive ou mécanique que pour les filles. Quant à la notion de consentement, pour lui comme pour certains autres, si elle reste là, c’est qu’elle doit bien le vouloir même si elle dit non une fois ou deux. Comme si c’était un jeu et que non veut parfois dire oui.


Le consentement n’est vraiment pas clair pour Paddy. C’est une notion à enseigner dans des cours de sexualité pour les jeunes à l’école. Mais, la droite s’y oppose souvent, trop souvent, pour des questions de morale. (3) Mais, quelle morale y-a-t-il à ainsi refuser d’éduquer les jeunes à la sexualité? Voilà la question.


Après, Tara retournera à la fête et rencontrera d’autres jeunes plus bienveillants que ses amies. Elle ne reviendra que le lendemain matin. Quand elle leur dit, l’important fut qu’elle a enfin couché. Elles ne voient pas la détresse qu’elle cache du mieux qu’elle peut. Pourtant c’est clair, mais elle parle trop peu et elles ne lui demandent même pas comment ça s’est passé; comment elle se sent ? C’est comme si c’était tout simplement un « check » de fait sur la liste des étapes initiatiques à passer dans la vie d’une fille.

Autre jour, autre nuit, c’est toujours la fête. Mais, Tara revient plus tôt que les autres avec Bagger qui l’a ramenée et couchée (± 1h10) de façon bienveillante.


Quand ses amies arrivent en faisant encore la fête au petit matin de leur départ, elle ne dit rien et continue à vouloir dormir. Mais, Paddy va alors la rejoindre au lit en disant « Je dors ici ». (± 1h12m30s) On voit qu’elle ne veut pas, mais il s’incruste. Et, quand Bagger, qui est plus bienveillant, va la voir (± 1h12m50s), Paddy lui dit « Je suis plus tout seul, tu vois? » (± 1h13m05s) et elle ne dit rien encore une fois. Il continuera donc son manège.


Elle aurait pu lui demander de sortir, se lever et s’en aller ou appeler ses amies juste à côté? Mais, elle ne le fait pas, alors, pour lui, elle est consentante. Puis, Skye et Bagger viennent les rejoindre au lit et elle lui dira « Je savais que tu le ferais. Je t’aime, meuf. » (± 1h15m25s)


Non consentante, endormie plus qu’éveillée, elle se sera laissé faire comme si c’était une étape obligée (un rite de passage) de son voyage de fin d’année scolaire. Em ne comprendra que sur le chemin du retour que les choses ne se sont pas si bien passées pour elle et en est désolée. Tara lui dira qu’elle aurait dû parler, mais elle ne l’a pas fait...


Ce film soulève donc des questions intéressantes comme la notion de consentement est-elle bien comprise? Et, la pression sociale dans tout ça? Le marketing des corps et du plaisir, quel rôle y joue-t-il? La femme est-elle une marchandise dans le marketing de ces fêtes de fin d’année scolaire? Ce sont des questions que soulève ce film sans en dire un mot, car les images parlent d’elles-mêmes.


Un film qui devrait être diffusé dans les écoles secondaires n’en déplaise aux conservateurs, car l’éducation doit passer avant les idéologies.


Notes


1. « It is mainly visited by young people from the United Kingdom and Northern Europe. The prominence of Malia as one of the leading spots for nightlife in Europe is cemented by the attraction of big name DJs and events. The Main Strip is home to many bars, clubs, taverns and restaurants. This is supported by the many close-by hotels and apartments in Malia and the immediate area. » (https://en.wikipedia.org/wiki/Malia,_Crete#Malia_resort)


2. C’est la première des deux scènes de sexualité du film, toutes les deux avec Tara et Paddy. Sobrement tournée et explicite même si on ne voit pas de nudité. Mais ici, comme dans la seconde scène de sexualité plus loin dans le film, il n’y a aucune référence à l’usage du condom. De quoi ajouter au traumatisme de la fille, car cela peut avoir des conséquences sur sa santé et sa vie future.


3. Justement, La Presse du 7 février nous apprend ceci :


« Une candidate républicaine au poste de secrétaire d’État du Missouri suscite la controverse après avoir brûlé au lance-flammes un livre québécois jeunesse traitant de questions reliées à la sexualité. »


Henri Ouellette-Vézina, Sexualité chez les jeunes. Une candidate républicaine brûle un livre québécois avec un lance-flammes, La Presse, 7 février 2024 :

https://www.lapresse.ca/arts/litterature/2024-02-07/sexualite-chez-les-jeunes/une-candidate-republicaine-brule-un-livre-quebecois-avec-un-lance-flammes.php




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