Macbeth (TNM)

 Macbeth (TNM)


D.I., Delinkan Intellectuel, revue d'actualité et de culture, in Societas Criticus Vol. 28-01 : www.societascriticus.com


Du 20 janvier au 1er mars 2026 au TNM : https://tnm.qc.ca/


Commentaires de Michel Handfield, M.Sc. sociologie (2026-02-05)


AVIS


Comme notre correcteur est réglé sur « graphie rectifiée », il est possible que les citations, l’argument de la pièce et les textes en annexe aient été modifiés selon la nouvelle orthographe; corrigés pour remplacer une coquille ou un mauvais accord aussi. Le (sens du) texte ne fut pas changé, cependant. Nous tenons à le préciser.


Préface


Macbeth au TNM est ma troisième version que je vois de cette pièce. Avant de parler de celle-ci, je me dois de revenir sur les deux versions précédentes pour des raisons de vision et de compréhension historiques. Mes deux textes précédents se retrouvent d’ailleurs en annexe.


Un Macbeth, deux visions


Dans mon essai sur l’opéra Macbeth ou l’obsession du Pouvoir (2009), j’ai écrit que Macbeth, fils de roi, était déçu de ne pas régner, ce qui l’a conduit à tuer le roi Duncan Ier, poussé par sa femme à le faire.


Dans mon texte sur la pièce Macbeth (vu au Centre Segal des arts de la scène en 2016), j’évoque davantage un fidèle soldat du roi Duncan Ier qui le tuera pour avoir le pouvoir, poussé par la convoitise de sa femme.


Dans les deux cas, il deviendra un tyran et, sur ordre de Malcom, fils du roi Duncan, Macbeth sera tué à la fin par Macduff, dont Lady Macbeth avait fait bruler le château, tuant femme et enfants. (1)


Pourquoi ces différences?


Dans le cas de l’opéra, le livret nous donnait des repères historiques dont j’avais tenu compte dans la rédaction de mon texte.


Suite à quelques nouvelles recherches pour mieux comprendre cette différence entre mes deux textes, je peux conclure que Macbeth n’était pas qu’un fidèle soldat d’un point de vue historique, mais aussi un membre d’une famille dont l’histoire fut traversée par quelques meurtres. Voici le tout résumé en trois paragraphes !


Macbeth (2) était le fils du roi de Moray, tué en 1020. Gillacomgain mac Maelbrigte (3) et son frère Malcom (4) étaient « impliqué[s] dans le meurtre de leur oncle Findláech MacRory » (5), roi de Moray et père de Macbeth. Malcolm deviendra ensuite le roi de Moray de 1020 jusqu’à sa mort en 1029. (6) Lui succèdera son frère Gillacomgain jusqu’en 1032, où il sera « brulé vif avec cinquante personnes de sa suite dans l'incendie de sa résidence [1], peut-être par ordre du roi Malcolm II mac Kenneth [i] ou plus vraisemblablement de Macbeth [2]. » (7) Macbeth deviendra alors roi de Moray en 1032. (8)


Il sera roi d’Écosse à partir de 1040 après avoir affronté et tué Duncan Ier lors d'un combat le 14 aout à « Pitgaveny » près d'Elgin. (9) Par contre le fils de Duncan, Malcom III (10), l’affrontera en 1054 et le tuera trois ans plus tard, le 15 aout 1057. (11) Voilà pour le côté historique. Vous trouverez plusieurs références dans nos notes, mais il y a certainement davantage à trouver pour qui aime l’Histoire.


Quant à Macduff, c’est un personnage fictif de l’œuvre de William Shakespeare (12). C’est pour cette raison que je n’en ai pas parlé ici.


Argument de la pièce (TNM)


La loi du plus fort


Oubliez l’Écosse médiévale, ses brumes, ses châteaux et ses guerriers vêtus de tartans laineux. Robert Lepage prend à bras-le-corps la traduction québécoise de Michel Garneau et transpose l’action dans l’impitoyable univers des motards.


Duncan, le vieux chef d’un puissant groupe du crime organisé, fait face à la rébellion d’un de ses chapitres alors qu’au même moment, une bande rivale profite de l’appui d’un traitre pour s’attaquer à son organisation. L'un de ses lieutenants, Macbeth, connu pour sa brutalité, écrase les deux mutineries. Or, voilà que trois « junkies » prédisent à Macbeth que la place de Duncan sera un jour la sienne. Poussé par son imagination et par son appétit de pouvoir, il s’en ouvre à sa compagne. Elle le convainc d’assassiner Duncan et, pour s’assurer de la réussite de leur acte, elle invoque de vieilles connaissances : les esprits du Mal.


Shakespeare, comme toujours, nous aide à comprendre le monde dans lequel nous vivons. Les motards sont à la fois un produit, un condensé et un miroir grossissant des violences politiques et sociales de notre temps. Comme les sanglants seigneurs de guerre qui régnaient sur l’Écosse au onzième siècle, les motards ont leur hiérarchie, leur code d’honneur, leurs loyautés, leurs rituels et leurs blasons. Macbeth, cet homme qui s’embourbe dans les meurtres et le sang pour prendre le pouvoir et s’y maintenir, demeure un des personnages les plus obsédants de la littérature universelle. De même que Lady Macbeth, dont la santé mentale s’effondre pour avoir eu tant de sang sur les mains.


Alexandre Goyette et Violette Chauveau incarneront le plus célèbre couple maudit de la dramaturgie. — Paul Lefebvre (13)


Mes commentaires


L’adaptation est intéressante. De les représenter en motard est tout à fait normal, car, dans mon texte sur la version opératique mise en scène par René Richard Cyr à l’opéra de Montréal en 2009, j’avais écrit ceci :


« Ce sujet est toujours d’actualité, comme pour Machiavel ou La Boétie. On aurait pu faire cet opéra en jeans, avec des Harley-Davidson sur scène, que c’eut été encore Sheakspeare, car la force de l’œuvre est dans l’intrigue, non dans le décor. Macbeth aurait pu vouloir reprendre la place du chef de gang qu’avait été son père que c’eut encore été Macbeth, car la force de l’œuvre est dans les caractères et la psychologie des personnages! » (14)


Robert Lepage l’a fait: de les représenter en motard ici ! Bravo pour cette audace, car cela fonctionne très bien, l’œuvre de Shakespeare portant d’abord sur les caractères humains.


Pour la langue, c’est la nôtre ! Alors, que ce soit traduit en français de France, en argot, en québécois, ou en créole, comme le Macbeth que j’ai vu au Centre Segal des arts de la scène en 2016 (15), m’apparait tout à fait normal. Si tel n’était pas le cas, les classiques n’existeraient pas, car ils ne pourraient pas voyager entre les peuples, les cultures et à travers le temps sans traduction et adaptation, n’en déplaise aux puristes.


Cette traduction originale de Macbeth (Shakespeare) date de 1978. À l’origine, on pouvait la trouver chez VLB éditeur selon la page Wikipédia consacrée à Michel Garneau. (16) Cependant, elle est maintenant disponible aux Éditions somme toute pour ceux qui aimeraient se la procurer. (17)


Enfin, l’on pourra toujours féliciter Robert Lepage (18) d’avoir transposé ce Macbeth « dans l’impitoyable univers des motards ».


Notes


1.Macbeth de Shakespeare: https://fr.wikipedia.org/wiki/Macbeth_(Shakespeare)


2. Macbeth, roi d'Écosse:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Macbeth_(roi_d'%C3%89cosse)


3. Gillacomgain mac Maelbrigte:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Gillacomgain_mac_Maelbrigte



4.Malcolm_mac_Maelbrigte: https://fr.wikipedia.org/wiki/Malcolm_mac_Maelbrigte


5. Findláech MacRory:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Findl%C3%A1ech_MacRory


6. Malcolm_mac_Maelbrigte, Op. Cit.


7. Macbeth, roi d'Écosse, Op. Cit.:

[1]. Annales d'Ulster AU 1032.2 :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Annales_d%27Ulster


[i] NDLR: https://fr.wikipedia.org/wiki/Malcolm_II


[2]. Dauvit Broun, « Macbeth [Mac Bethad mac Findlaích] (d. 1057) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004.


8. Ibid.


9. Ibid.


10. Malcom III : https://fr.wikipedia.org/wiki/Malcolm_III


11. Macbeth, roi d'Écosse, Op. Cit.


12.Macduff (Macbeth) en anglais:

https://en.wikipedia.org/wiki/Macduff_(Macbeth)


13. https://tnm.qc.ca/2025-2026/macbeth


David Boutin : MacDuff

Violette Chauveau : Lady Macbeth. Malcolm

Richard Fréchette : Duncan et autres personnages

Alexandre Goyette : Macbeth

Reda Guerinik : Banquo

Guillaume Laurin : Malcom

Olivier Normand : Garde de Duncan et autres personnages

Rodley Pitt : Seyton et autre personnages

Marco Poulin : Murtrier et autre

Dominique Quesnel : Portière

Mathieu Quesnel : Ross

Philippe Racine : Sorcière et autres personnages

Fabrice Yvanoff Sénat : Sorcière et autres personnages

Gabriel Simard : Lennox et un autre personnages

Antonin Bouffard et Evan Sauvageau : Fléance (en alternance)


14. MACBETH OU L’OBSESSION DU POUVOIR, Societas Criticus, Vol. 11 no. 1, du 15 décembre 2008 au 7 février 2009. Ce texte est en annexe. Quant aux deux références citées :


- Machiavel, Nicolas, 1996 [1532], Le prince, Paris: Booking International.

- La Boétie, 1995 [1576], Discours de la servitude volontaire, Mille-et-une-nuits.


15. MACBETH (théâtre), D.I., Delinkan Intellectuel, revue d'actualité et de culture, in Societas Criticus, Vol. 18 no 10, Textes ciné et culture. Ce texte est en annexe.


16. https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Garneau


17. https://editionssommetoute.com/livre/macbeth/


18. https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Lepage


ANNEXE


Les deux textes suivants sont aussi disponibles dans le format revue de Societas Criticus (PDF) à :


Bibliothèque et Archives Canada :


https://epe.lac-bac.gc.ca/100/201/300/societas_criticus/pdf/index.html


Bibliothèque et Archives nationales du Québec :

https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/61248


NDLR : Tous les hyperliens et l’orthographe ont été revérifiés et corrigés. Les citations, demeurées intactes dans le texte, peuvent donc ne plus se retrouver sur l’internet ou avoir été modifiées depuis, notamment sur Wikipédia.



MACBETH (théâtre)


D.I., Delinkan Intellectuel, revue d'actualité et de culture, Vol. 18 no 10, Textes ciné et culture : www.societascriticus.com


http://othertheatre.com/



Crédit photo : Macbeth -par Maxime Côté.


Après deux séries de représentations à guichet fermé en 2010, The Other Theatre revient avec sa production intimiste de MACBETH dont l’action se déroule à Haïti.


Sur une terre ravagée par la guerre, un fidèle soldat est tenté de s’emparer du pouvoir à tout prix. Macbeth, un homme honorable que l’avarice et le désir dresseront contre l’ordre naturel des choses, se verra transformé en tyran ; son ascension et sa chute se déployant puis se précipitant grâce à la force et à la beauté du texte de Shakespeare. Une histoire où la vie et la mort troquent leurs visages, où le surnaturel et le mortel deviennent indissociables. MACBETH invite le spectateur au cœur des rêves et de la folie. En français et en créole haïtien.


En mai 2010, nous avons été invités à présenter un extrait de MACBETH devant la gouverneure générale du Canada, l’honorable Michaëlle Jean, dans le cadre d’un évènement organisé par le Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec.


Macbeth de William Shakespeare

Traduction française : F.-V. Hugo

Traduction créole : Rodney Saint-Éloi

Mise en scène : Stacey Christodoulou


Avec Cynthia Cantave, Maxime Mompérousse, Philippe Racine, Vanessa Schmit-Craan et Franck Sylvestre.


Scénographie : Amy Keith; Costumes : Marija Djordjevic; Éclairages : David Perreault Ninacs; Musique : Serge Geoffroy et François Girouard.


Dates : du 25 novembre au 6 décembre 2016


Lieu : Centre Segal des arts de la scène, 5170, Côte-Sainte-Catherine (Metro Côte-Sainte-Catherine). www.segalcentre.org



Horaire : Du 24 novembre au 6 décembre à 20h; Lundi 28 novembre à 19h; Lundi 5 décembre à 14h + 19h; Relâche le vendredi et dimanche.


Billets réguliers : 25 $; Étudiants et âge d’or : 20 $; Groupes de 10 personnes et plus : 15 $; Abonnés : 10% de rabais. Réservations (514) 739-7944.


Commentaires de Michel Handfield (2016-11-30)


Macbeth, un classique sur le Pouvoir et le désir du Pouvoir. L’ambition d’être chef à la place du chef. L’équivalent théâtral du célèbre traité de Machiavel : Le prince !


Différemment du Macbeth que j’ai vu en 2009 et qui durait certainement plus de deux heures, mais c’était à l’opéra, où il faut donc chanter et étirer la note, celui-ci était plus court : un peu plus d’une heure (environ 70 minutes). Mais, tout y est, du moins l’essentiel, car je ne connais pas le texte par cœur. De toute façon, le texte n’est pas si long quand on le lit.


Cette pièce se prête très bien à une adaptation en créole, car Macbeth rencontre des sorcières au début et qui dit sorcière et magie peut aussi dire vaudou sans ne rien trahir à l’œuvre. Historiquement, même, cette œuvre sied très bien à l’histoire haïtienne, qui en est une de luttes de pouvoirs depuis ses débuts, comme colonie, mais aussi comme pays indépendant. (1) D’ailleurs, combien de révoltes et de coups d’État depuis les débuts de ce pays? Combien de drames humains et de revirements; de revirements des uns contre les autres par soif d’être chef à la place du chef?


Mais, si Macbeth n’avait pas cette ambition, madame l’avait pour lui et lui forcera la main. J’ai noté qu’elle lui tint à peu près ces mots quand elle l’envoie tuer le roi :


« Ayez l’air innocent, mais soyez la force du mal. » (2)


Et, il s’exécutera, car, comme le dit l’adage, « ce que femme veut, dieu le veut ! » Le Pouvoir, c’est elle. Quant à Macbeth, il est manipulé selon moi. Par les sorcières du début, puis par sa femme. Il n’est qu’un instrument de l’histoire.


Ici, ce qui est fort intéressant, c’est qu’on se retrouve dans l’actualité. J’ai vu cette pièce le 24 novembre 2016 et le lendemain, le 25, décédait Fidel Castro. Là aussi le parallèle avec Macbeth est intéressant, car à la fin de cette pièce, dans mes notes, j’avais écrit ces mots, dits par Macduff, après avoir tué Macbeth : « Le libérateur devient le dictateur. Quand on le tue, le siècle est libéré. » (3) Combien de libérateurs, avec l’usage du Pouvoir, deviennent effectivement des dictateurs? Plusieurs. Est-ce dans la nature humaine ou dans l’exercice du Pouvoir? Voilà la question que pose cette pièce, mais qui s’est aussi posée de tout temps. Dans leur Manifeste du Parti communiste, Marx et Engels disaient :


« Les différences de classes une fois disparues dans le cours du développement, toute la production étant concentrée dans les mains des individus associés, le pouvoir public perd alors son caractère politique. Le pouvoir politique, à proprement parler, est le pouvoir organisé d'une classe pour l'oppression d'une autre. » (4)


Mais, les anarchistes s’y opposaient, car concentrer le Pouvoir c’était aussi l’abandonner dans les mains de quelques-uns ou de quelqu’un qui pouvait alors le conserver par la suite. Prémonitoire des régimes communistes du XXe siècle comme le montre ce passage :


« Qu'est-ce que ce socialisme? Bon, il n'y aura plus de capitalistes, mais à leur place s'assoiront les travailleurs intellectuels, les organisateurs de la production, les ingénieurs, les techniciens, les gens des professions libérales. Ce sont eux qui empocheront la plus-value, ce sont eux qui domineront dans votre société socialiste; ils deviendront la nouvelle classe dirigeante. » (5)


Bref, Macbeth est toujours d’actualité…


Et, ce n’est pas avec la fin des régimes communistes que ça se terminera, car le capitalisme sait aussi placer ses pions dans des organismes supranationaux qui font la loi aux dépens des États démocratiques et de leurs citoyens au nom de la liberté du marché à protéger par exemple, même si pour cela il faut tenir une partie de la population dans l’ignorance et la pauvreté en refusant un filet social et un salaire minimum leur permettant de vivre avec décence. Comme les leadeurs communistes défendaient, au XXe siècle, que le paradis terrestre vienne un jour du socialisme, les leadeurs économiques néolibéraux défendent aujourd’hui que la justice viendra un jour du libre marché et de l’individualisme, car tout s’équilibrera enfin pour le bienêtre de tous. Une autre idéologie tout simplement. (6) Mais, l’humain vit toujours du rêve d’un monde meilleur que lui servira un prophète qui tracera enfin la voie, qu’elle soit religieuse, politique ou économique.


Suite aux notes, en annexe, vous trouverez notre texte sur « Macbeth ou l’obsession du Pouvoir », présenté par l’Opéra de Montréal en février 2009. C’est que nous ne voulions pas reprendre la même analyse deux fois, mais plusieurs des éléments de ce texte s’appliquent aussi à la représentation de The Other Theatre dont nous avons parlé ici.


Notes


1. https://fr.wikipedia.org/wiki/Haïti


2. J’ai noté ces quelques mots, mais, dans la version électronique du texte, elle tient ce langage :


« LADY MACBETH.—Oh! jamais le soleil ne verra ce lendemain.—Votre visage, mon cher thane, est un livre où l'on pourrait lire d'étranges choses. Pour cacher vos desseins dans cette circonstance, prenez le maintien de la circonstance; que vos yeux, vos gestes, votre langue parlent de bienvenue; ayez l'air d'une fleur innocente, mais soyez le serpent caché dessous. Il faut pourvoir à la réception de celui qui va arriver; c'est moi que vous chargerez de dépêcher le grand ouvrage de cette nuit, qui donnera désormais à nos nuits et à nos jours la puissance et l'autorité souveraine. » (The Project Gutenberg, EBook of Macbeth, by William Shakespear Acte premier, Scène V, EPUB)


3. Le passage de mon édition de Macbeth : « MACDUFF.—Salut, roi, car tu l'es. Vois, je porte la tête maudite de l'usurpateur. Notre pays est libre. Je te vois entouré des perles de ton royaume : tous répètent mon hommage dans le fond de leurs coeurs. Que leurs voix s'unissent tout haut à la mienne: «Salut, roi d'Écosse!» » (Ibid., Acte cinq, Scène VII)


4. Karl Marx et Friedrich Engels, 1848, Manifeste du Parti communiste, Section II (à la fin), PROLÉTAIRES ET COMMUNISTES, collection: « Les classiques des sciences sociales ». Dans le passage en question, « le pouvoir public » était écrit « le pouvoir publie ». Nous l’avons corrigée comme il est écrit dans l’édition de MARX, Karl, et Engels, Friedrich, 1978, Œuvres choisies, Moscou: éd. du Progrès.


5. Piotr Garvi, Souvenirs d'un social-démocrate (rédigé en 1935), New-York, 1946, cité in Makhaïski, Jan Waclav, 1979, Le socialisme des intellectuels (Textes choisis, traduits et présentés par Alexandra - Skirda), Seuil, Points Politique., p. 24.


6. Pour ma part, je crois davantage aux zones grises, qui prennent un peu des idéologies, mais s’adaptent aussi, comme l’économie sociale et solidaire; comme un équilibre mouvant entre individualisme et collectivisme; comme la nécessité d’avoir davantage de coopératives et d’organismes sans buts lucratifs, comme tampon et autres façons de faire, entre l’Étatisme et le tout au secteur privé lucratif.


MACBETH OU L’OBSESSION DU POUVOIR


Societas Criticus, Vol. 11 no. 1, du 15 décembre 2008 au 7 février 2009 :



À l’Opéra de Montréal (www.operademontreal.com)

René Richard Cyr revisite l’œuvre de Giuseppe Verdi!


Salle Wilfrid-Pelletier, Place-des-Arts

31 janvier · 4 · 7 · 9 · 12 février 2009 à 20 h


Une coproduction Opéra de Montréal / Opera Australia


Pour ne rien perdre de l’intrigue, tous les opéras sont présentés en langue originelle, avec surtitres bilingues projetés au-dessus de la scène.


Commentaires de Michel Handfield (5 février 2009)


Écosse, au tournant des années 1030-1040, Macbeth, sous l’influence de sa femme, veut retrouver le royaume de son père qui lui est dû selon lui, car fils d'un roi d'Écosse. Mais, à la place, il est commandant au service du roi Duncan Ier. (1) Il le fera assassiner, puis ce sera au tour du général Banquo d’y passer. « Et quand un nouveau rival, Macduff, se présente à Macbeth, Lady Macbeth fait bruler son château entrainant la mort de la femme et des enfants de ce dernier, ni plus ni moins ». Enfin, Macbeth sera assassiné, « sur l'ordre du fils (Malcolm) du roi Duncan qu'il avait lui-même poignardé ». (2)


Cet opéra s’ouvre sur une forêt, où sont les sorcières et filles de mœurs  légères. Macbeth veut savoir son avenir. On lui dira! Prédétermination ou manipulation, car il agira selon ce qu’on lui a dit! Sa femme le manipulera aussi. Notre homme est victime de sa destinée que les autres semblent mieux contrôler que lui! Sa femme lui demandera d’ailleurs : « Pour accéder à la grandeur, sauras-tu faire le mal? » On rejoint là Machiavel, antérieur de Shakespeare. Mais, comme pour Le Prince (3), Macbeth est intemporel. La soif du Pouvoir chez l’Homme, ça ne se démode pas. Envie (Macbeth) et manipulation (lady Macbeth) se complètent bien dans ce couple. Mais, cela existe toujours. L’ambition de gagner mène à la violence au hockey, à la fraude dans les affaires et aux intrigues dans la politique par exemple. Et l’Homme de pouvoir ne connait pas le remords. Il recommencerait, être sûr de ne pas se faire prendre. C’est pire chez le Roi (ou la Reine), car la fonction incarne la justice et l’État. Elle est donc justification en soi! Quand on parle de la raison d’État… c’est de cela qu’on parle. Ici, on est dans l’assassinat politique; la royauté comme la Mafia; Macbeth comme Le parrain! (4) Et si le souverain n’est pas tendre avec ses commettants et ses proches, il l’est rarement davantage avec le peuple. Le peuple demandera donc justice et se ralliera à un autre prétendant au trône contre Macbeth. C’est l’histoire du monde : le peuple se liant à un conquérant qu’il croit juste pour renverser celui des espoirs déçus. La servitude volontaire (5) dans toute sa splendeur, avec une pointe du parrain, car « ce qui commence dans le sang, doit finir dans le crime » ai-je noté durant cet opéra! Fait intéressant, quand on regarde les dates : La Boétie (1530-1563) est le chainon manquant entre Machiavel (1469-1527) et Shakespeare (1564-1616)!


C’est une pièce qui remet aussi les valeurs en place. Ainsi, ce chant qui dit « Patrie qui nous opprime, tu ne peux plus porter le nom de mère » est une allusion directe à la mère patrie qui n’en serait plus une. Un contrat social brisé (6), le roi d’Écosse ayant trahi son peuple étant un tyran. Le peuple fera donc alliance avec l’Angleterre pour reconquérir le trône :


« En 1054, Malcolm réussit à obtenir l'aide du roi d'Angleterre Édouard le Confesseur, qui lui prête une armée pour reconquérir son trône (Annales d'Ulster U1054.6). Le roi Macbeth est tué en 1057 (Annales d'Ulster U1058.6), et son successeur, Lulach Ier, en 1058 (Annales d'Ulster U1058.2).


Malcolm III est couronné roi d'Écosse le 25 avril 1058, en l'abbaye de Scone, dans le Perthshire. Aussitôt monté sur le trône, il renouvèle son alliance avec l'Angleterre, alliance qui est scellée par son second mariage avec la princesse Marguerite d'Angleterre, plus tard connue sous le nom de sainte Marguerite d'Écosse, petite-nièce du défunt roi Édouard le Confesseur et sœur du nouveau roi Edgar II. » (7)

Cependant, si la légende veut que Macbeth fût un tyran, il semble que ce ne soit pas si clair. Réalité ou légende? Au lecteur de juger, mais voici ce qu’on en dit dans Wikipédia :

Unlike later writers, no near contemporary source remarks on Macbeth as a tyrant. The Duan Albanach, which survives in a form dating to the reign of Malcolm III, calls him "Mac Bethad the renowned". The Prophecy of Berchán, a verse history which purports to be a prophecy, describes him as "the generous king of Fortriu", and says:


The red, tall, golden-haired one, he will be pleasant to me among them; Scotland will be brimful west and east during the reign of the furious red one.” (Hudson, Prophecy of Berchán, p. 91, stanzas 193 and 194) (8)


« Contre moi, vous vous unissez aux Anglais! » dira Macbeth dans cet opéra. Et, il y a là une vérité, car si on peut bafouer le peuple, le jour où il décide de ne plus avoir peur ou de s’allier à plus fort, il peut renverser même les pires régimes tyranniques, car le roi sans le peuple n’est rien. L’histoire récente nous a montré des exemples de dictatures qui sont tombées. Cependant, c’est parfois remplacer un maitre par un autre. Après le communisme, on a d’ailleurs fait du peuple des clients d’un nouveau maitre, le capitalisme néolibéral, un peu comme la Révolution française a remplacé la monarchie par la bourgeoisie! Il y a toujours des gagnants et des perdants qui s’organiseront pour tenter un renversement des choses. Cela peut parfois prendre quelques années, parfois quelques siècles. L’histoire regorge de ces mouvements sociaux.


Le tout a duré 2h45, entracte compris, et s’est terminé avec une ovation debout.


***


J’ai aimé la simplicité du décor, qui, avec des arbres, peut représenter la forêt écossaise ou le parc du château. Pour les puristes et traditionalistes, c’est un sacrilège, car comment se représenter le repas au château dans ce décor? Dans le texte de Shakespeare n’est-il pas écrit « Hall in the palace »! (9) Mais, pour moi, l’important est la force du texte et l’émotion qui passe par le jeu et les voix, car on est à l’opéra, genre de théâtre symphonique! Alors, on peut imaginer la salle à manger ou croire qu’ils ont tenu banquet sur la terrasse du château! On le fait bien maintenant, manger sur la terrasse!


L’essentiel est dans cette lutte pour le pouvoir, incluant la manipulation de lady Macbeth. Ce sujet est toujours d’actualité, comme pour Machiavel ou La Boétie. On aurait pu faire cet opéra en jeans, avec des Harley-Davidson sur scène, que c’eut été encore Sheakspeare, car la force de l’œuvre est dans l’intrigue, non dans le décor. Macbeth aurait pu vouloir reprendre la place du chef de gang qu’avait été son père que c’eut encore été Macbeth, car la force de l’œuvre est dans les caractères et la psychologie des personnages! La force de l’opéra est dans la musique et le chant.


Il est vrai que je suis sociologue et que c’est la force psychosociale et sociopolitique de l’œuvre qui est venue me chercher. D’ailleurs, ce que j’analyse le plus fréquemment dans ce que je vois est soit le côté sociologique, psychosociologique, sociopolitique ou socioéconomique de l’œuvre. Ne me demandez pas si la note fut à la hauteur de la partition, car je n’y connais rien. Mais, je sentais une force dans la représentation. Que c’est vivant l’opéra! Les acteurs le vivent devant nous. Pour parler de la note précise, il ya des spécialistes qui comparent avec la partition et toutes les variations de l’œuvre qu’ils ont déjà vue ou entendue, même sur disque! Mais, est-ce toujours réaliste de comparer? Certaines œuvres faites en studio ne furent-elles pas reprises jusqu’à la note parfaite? Il peut donc être injuste de comparer parfois!


Ici on est justement dans le « live », avec ses forces et ses faiblesses, mais surtout sa réalité vivante, organique et non statique! Le lendemain, il pourrait y avoir quelques différences pour qui pourrait observer. C’est l’expérience unique qui fait que l’œuvre vit. C’est ce que j’aime du théâtre et maintenant de l’opéra. C’est cependant ce que certains spécialistes de la partition et du texte critiquent allègrement dans les pages de leurs quotidiens. Alors, si vous êtes « partitionnistes », ce n’est certainement pas moi qu’il faut lire. C’est d’ailleurs pour cela que je fais du commentaire et non de la critique! A chacun son métier.


Si vous voulez vivre une expérience humaine, et le sujet s’y prête bien, Macbeth est à voir. Si vous êtes puristes et que vous voulez suivre la partition, vaut mieux écouter votre interprétation préférée sur CD, car rien n’y arrivera de toute manière! (10)


Pour faciliter la vision d’ensemble, la scène est quelque peu inclinée, ce qui force les chanteurs à être dans une position moins naturelle parfois. Cela aussi peut déranger certains puristes, je crois.



Notes


Comme certains hyperliens ont changé depuis (nous les avons corrigés), certaines citations que nous avons faites à l’époque peuvent avoir changé de forme ou ne plus y être.



1. http://fr.wikipedia.org/wiki/Macbeth_Ier_d'Écosse est devenu

https://fr.wikipedia.org/wiki/Macbeth_(roi_d'Écosse)


2. « Portrait de meurtriers » dans la présentation de l’opéra reçu pour l’annoncer.


3. Machiavel, Nicolas, 1996 [1532], Le prince, Paris: Booking International.


4.The Godfather (Le parrain) de Francis Ford Coppola.


5. La Boétie, 1995 [1576], Discours de la servitude volontaire, Mille-et-une-nuits.


6. Rousseau, Jean-Jacques, 1992 [1762], Du contrat social, France: Grands écrivains.

7. Malcolm III d'Écosse in Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Malcolm_III


8. Source: Macbeth of Scotland, from Wikipedia, the free encyclopedia:

https://en.wikipedia.org/wiki/Macbeth,_King_of_Scotland


9. Act III, scène IV, p. 16 de Macbeth, section Tragedies in, Shakespeare, The Shakespeare library, UK/India: 2004. Ce livre reprend une édition ancienne.


10. Pour les puristes, vaut mieux lire mes confrères Claude Gingras, de La Presse (www.lapresse.ca), qui, lui n’aimait pas ces « femmes portant des sacs à main et des coiffures style 1940 », et Christophe Huss, du Devoir (www.ledevoir.com), qui remarquait que « pour pousser ses aigus » John Fanning, en Macbeth, « opère par flexion-extension des genoux. » Et s’il le faisait pour mettre de l’émotion dans son jeu? Remarquez, comme je ne suis pas musicien et encore moins chanteur, je n’ai rien remarqué de tout cela, mais j’ai passé une belle soirée, ni pénible, ni terne! Références pour les puristes de la note:


Gingras, Claude, Pénible Macbeth, 02 février 2009 :

https://www.lapresse.ca/arts/musique/musique-classique/200902/02/01-823152-penible-macbeth.php;


Christophe Huss, Concerts classiques - Terne Macbeth, in Le Devoir, édition du lundi 02 février 2009, p. B 8. On peut le retrouver à BAnQ numérique :

https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2814724


Hyperliens (avec la coopération de Luc Chaput) :


https://fr.wikipedia.org/wiki/Macbeth_(roi_d'Écosse)


https://en.wikipedia.org/wiki/Macbeth,_King_of_Scotland


https://fr.wikipedia.org/wiki/Macbeth_(Shakespeare)


http://en.wikipedia.org/wiki/Macbeth

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_VI_et_Ier

http://en.wikipedia.org/wiki/Basilikon_Doron

http://en.wikipedia.org/wiki/Throne_of_Blood


http://fr.wikipedia.org/wiki/Château_de_Cawdor


https://fr.wikipedia.org/wiki/Malcolm_III



Quelques Macbeth sur IMDB pour le cinéma :


Macbeth (1948) d’Orson Welles: http://www.imdb.com/title/tt0040558/


The Tragedy of Macbeth (1971) de Roman Polanski: http://www.imdb.com/title/tt0067372/


Macbeth (2006) de Geoffrey Wright: http://www.imdb.com/title/tt0434541/



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